En Côte d’Ivoire, la télévision reste le média dominant selon la première mesure d’audience nationale. A savoir que le pays dispose désormais de sa propre mesure officielle d’audience des médias.
Au premier trimestre 2025, la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle (HACA) a conclu un accord avec le cabinet britannique Kantar pour mettre en place ce dispositif inédit, attendu depuis plusieurs années par les acteurs du secteur. Les premiers résultats, dévoilés le 19 août, confirment la place prépondérante de la télévision dans les habitudes de consommation médiatique des Ivoiriens. Cette enquête, menée en deux vagues – du 6 au 30 mai, puis du 17 juin au 8 juillet 2025 – constitue une première étape dans la connaissance fine du paysage audiovisuel ivoirien. Selon les chiffres publiés, 93 % des ménages disposent d’un téléviseur, contre 68 % qui possèdent une radio. Les médias numériques, quant à eux, sont accessibles dans 92 % des foyers, confirmant leur montée en puissance au cours de la dernière décennie.
Les résultats révèlent que la télévision et le digital dominent largement en termes de consommation quotidienne. Les Ivoiriens passent en moyenne plus de trois heures par jour devant l’écran de télévision, un chiffre similaire à celui consacré aux plateformes numériques. Le pic d’audience télévisuelle est enregistré à 20 heures, moment privilégié des journaux télévisés et des grands rendez-vous de divertissement. À cette heure, près de 36 % de la population, soit environ deux millions de téléspectateurs, sont connectés à leur poste. Cette consommation se fait majoritairement à domicile, ce qui illustre le rôle central de la télévision dans la vie quotidienne et familiale. Ces données confirment une tendance observée depuis plusieurs années : malgré la montée du numérique, le petit écran conserve une force d’attraction sans égale.
La domination de la télévision ne surprend pas les observateurs. Depuis dix ans, le paysage médiatique ivoirien a connu une évolution marquée, avec l’arrivée de nouveaux diffuseurs et la libéralisation progressive du secteur. La multiplication des chaînes locales et panafricaines, combinée à l’essor des plateformes numériques, a renforcé la concurrence tout en élargissant l’offre disponible pour les consommateurs. Dans ce contexte, la mise en place d’une mesure d’audience indépendante représente une avancée majeure. Elle permettra aux annonceurs, aux agences de communication et aux chaînes de télévision de mieux cibler leurs investissements et leurs contenus.
Si cette première étude offre une photographie globale des usages, certains acteurs du secteur estiment les résultats encore insuffisants. Beaucoup espéraient des données plus détaillées, notamment sur les parts d’audience des différentes chaînes, radios et médias numériques. Ces informations, cruciales pour l’élaboration de stratégies commerciales et éditoriales, devraient être intégrées dans les prochains volets du dispositif. Pour l’heure, la HACA et Kantar soulignent que cette première publication marque seulement le début d’un processus de suivi régulier. À terme, les enquêtes devraient offrir des indicateurs plus fins et comparables aux standards internationaux.
En dotant la Côte d’Ivoire de son premier outil officiel de mesure d’audience, la HACA affirme poser un jalon important dans la régulation et la professionnalisation du marché audiovisuel. Cet outil contribuera à renforcer la transparence, à stimuler la compétitivité et à encourager l’innovation dans un paysage médiatique en constante transformation. Alors que la télévision demeure le média dominant et que le numérique poursuit sa percée, cette initiative permettra sans doute de mieux comprendre les attentes du public ivoirien et d’accompagner l’évolution des pratiques médiatiques au cours des prochaines années.

