En Côte d’Ivoire, la commercialisation des produits agricoles a longtemps reposé sur un rapport de force déséquilibré entre producteurs et acheteurs. Faute de mécanisme objectif de fixation des prix, les agriculteurs dépendaient largement d’évaluations subjectives, souvent à leur désavantage. Ouverte à l’initiative du gouvernement, la Bourse des matières premières agricoles de Côte d’Ivoire marque une rupture majeure en introduisant un acteur clé : le courtier indépendant, chargé d’évaluer la qualité des produits et de garantir des transactions plus transparentes et équitables.
Pensée dès 2016 mais devenue opérationnelle près de dix ans plus tard, cette place de marché s’appuie sur un réseau d’entrepôts homologués dans lesquels les producteurs peuvent déposer leurs récoltes en toute sécurité. Le dispositif répond à trois objectifs principaux : assurer des prix plus justes, contribuer à la stabilisation du marché et dynamiser les chaînes de valeur agricoles. À ce stade, trois produits sont cotés : la noix de cajou, la noix de cola et le maïs. À terme, une vingtaine d’autres matières premières devraient rejoindre la Bourse, dont le cacao, pilier historique de l’économie ivoirienne.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’agriculture demeure à la fois le socle et le maillon fragile du développement ivoirien. Le secteur emploie près de 60 % de la population active, contribue à environ 25 % du PIB et génère 40 % des exportations. Si l’économie nationale a connu, au cours des quinze dernières années, une croissance moyenne supérieure à 6 %, portée par une forte volonté politique et une modernisation accélérée, les bénéfices de cette dynamique ont davantage profité aux zones urbaines qu’aux campagnes.
Les défis restent nombreux. L’agriculture vivrière souffre encore de rendements insuffisants, tandis que les filières d’exportation, pourtant performantes, se caractérisent par un faible taux de transformation locale, limitant la création de valeur ajoutée. Cette situation se reflète dans les indicateurs sociaux : en 2021, 54,4 % des populations rurales vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 22,2 % en milieu urbain, selon l’Institut national de la statistique. Face à ces déséquilibres, les autorités ivoiriennes ont engagé des réformes structurelles de long terme, appuyées par des programmes ciblés tels que le Projet de Développement des Chaînes de valeur Vivrières (PDC2V) ou le Programme d’Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA).
L’amélioration de l’accès au financement constitue également un levier central. Depuis début 2024, la Chambre nationale d’agriculture de Côte d’Ivoire a ainsi noué un partenariat stratégique avec Ecobank, afin de faciliter l’octroi de crédits aux acteurs du secteur, avec le soutien de l’État. Enfin, la question des infrastructures demeure déterminante. À l’été 2025, la Banque africaine de développement a accordé 116 millions d’euros à la Côte d’Ivoire pour développer les infrastructures agricoles et désenclaver les zones transfrontalières. La modernisation de corridors routiers stratégiques dans l’Est et l’Ouest du pays doit permettre de réduire les pertes post-récolte, d’améliorer l’accès aux marchés et de renforcer les échanges avec le Ghana et le Liberia.

