Le marché régional des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a connu une progression notable ces dernières années. Devenu l’outil central du financement des États en monnaie locale, il fonctionne aujourd’hui de manière opérationnelle et relativement efficace. Toutefois, face à l’ampleur croissante des besoins de financement budgétaire, son architecture actuelle montre des signes de saturation.
Pour Oulimata Ndiaye, directrice générale de UMOA-Titres, le marché a atteint une maturité certaine, mais reste insuffisamment profond pour absorber durablement des volumes toujours plus élevés sans générer de tensions sur les taux d’intérêt, la liquidité et, à terme, la crédibilité budgétaire des États. L’évolution est en effet spectaculaire. En dix ans, les États membres ont profondément modifié leurs stratégies de financement. Selon le gouverneur de la BCEAO, l’encours des titres publics émis par adjudication est passé de 5,6 % du PIB régional en 2014 à près de 15 % en 2025. Ce basculement traduit un recours accru au financement domestique, réduisant progressivement la dépendance aux financements extérieurs, souvent plus coûteux et exposés aux aléas des marchés internationaux.
UMOA-Titres souligne également les avancées qualitatives enregistrées. Le marché se caractérise aujourd’hui par une meilleure régularité des émissions, une diversification progressive des maturités et une professionnalisation accrue des acteurs — États émetteurs, banques primaires, investisseurs institutionnels. L’amélioration de la transparence et de l’information financière a contribué à renforcer la confiance. En 2025, les ressources mobilisées sur le marché des titres publics ont atteint 11 858 milliards de FCFA, en hausse de plus de 47 % sur un an, portant l’encours total à 21 629 milliards de FCFA.
Au-delà des chiffres, le marché régional s’impose désormais comme un instrument de souveraineté financière. Il permet aux États de mieux maîtriser leurs trajectoires budgétaires et de financer leurs politiques publiques en monnaie locale. Le Togo en offre une illustration emblématique : entre 2021 et 2024, le pays a levé annuellement entre 500 et 700 milliards de FCFA sur le marché régional, couvrant parfois la quasi-totalité de ses besoins de financement. Cependant, cette réussite révèle aujourd’hui ses propres limites. La montée en puissance rapide des volumes émis exerce une pression croissante sur une infrastructure de marché encore incomplète, en particulier sur le segment secondaire. Certes, des progrès ont été réalisés : le taux de rotation de la dette, indicateur clé de la liquidité, a dépassé 25 %, contre seulement 5 % en 2016. Mais cette amélioration reste insuffisante pour garantir une formation des prix pleinement efficiente. « La liquidité du marché secondaire demeure limitée », reconnaît Oulimata Ndiaye.
L’absence d’un marché secondaire profond empêche la dette souveraine de jouer pleinement son rôle d’actif de référence. Les courbes de taux restent fragiles, l’allongement des maturités demeure complexe et l’ancrage des anticipations budgétaires incertain. L’enjeu n’est donc plus uniquement la capacité des États à lever des fonds, mais la soutenabilité du modèle dans la durée. Désormais, la performance de la dette domestique se mesure autant à la stabilité du marché qu’aux montants mobilisés, dans un contexte où la confiance et la liquidité deviennent des variables déterminantes.

