Fidelis Finance s’est imposée ces dernières années comme un acteur reconnu du crédit-bail et de l’affacturage dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’établissement nourrit des ambitions claires : évoluer vers le statut de banque à part entière. Mais cette trajectoire ascendante est aujourd’hui fragilisée par une crise judiciaire majeure qui pourrait durablement affecter sa réputation et ses perspectives de développement.
Depuis plusieurs mois, Fidelis Finance est au cœur d’une procédure engagée par la société ivoirienne SOGETRA. L’entreprise burkinabè et quatre de ses dirigeants sont poursuivis pour violation présumée du secret bancaire, une affaire inédite dans l’histoire récente de l’UEMOA. L’origine du litige remonte à février 2025. SOGETRA, une PME spécialisée dans les travaux publics en Côte d’Ivoire, négociait alors une importante transaction immobilière estimée à 7,7 milliards de francs CFA (environ 11,7 millions de dollars). Selon les éléments versés au dossier judiciaire, des informations confidentielles concernant la situation financière de l’entreprise auraient été divulguées à un tiers lors d’une réunion organisée dans les locaux de Fidelis Finance en Côte d’Ivoire. Cette divulgation présumée aurait compromis la transaction, entraînant l’annulation du contrat.
Les conséquences pour SOGETRA ont été lourdes. Fragilisée par l’échec de l’opération, l’entreprise a cessé ses activités et procédé au licenciement de 72 salariés. En septembre 2025, elle a déposé plainte devant la justice ivoirienne contre Fidelis Finance et une large part de sa direction exécutive. Quatre hauts responsables sont particulièrement visés : Nomel Franck Aristide Yapo, directeur général adjoint, Anselme Sanou, directeur financier, Hervé-Gilles Koissy N’guessan, responsable des affaires juridiques, et Boubacar Didier Barry, responsable des risques et de la conformité. Ils devront répondre, aux côtés de la société en tant que personne morale, de plusieurs infractions devant le tribunal correctionnel.
Saisi du dossier, un juge d’instruction ivoirien a estimé que des éléments matériels pouvaient constituer une violation de l’article 30 de la loi-cadre portant réglementation bancaire dans l’UEMOA. Ce texte interdit formellement aux dirigeants d’établissements de crédit, soumis au secret professionnel, d’utiliser des informations confidentielles obtenues dans le cadre de leurs fonctions pour leur propre compte ou au bénéfice de tiers. L’enquête a également mis en lumière deux autres infractions présumées : la suppression de preuves et la subornation de témoins.
Le 15 janvier dernier, le magistrat a prononcé une ordonnance de renvoi, ouvrant la voie à un procès qui s’annonce déterminant pour l’avenir du groupe. Au-delà de l’aspect judiciaire, l’affaire pose la question de la gouvernance interne de Fidelis Finance. Dans un secteur financier où la confiance constitue le principal capital, toute atteinte au secret bancaire peut avoir des répercussions considérables. Cette crise survient à un moment stratégique pour l’établissement, qui ambitionne d’obtenir un agrément bancaire complet.

